À Triffouilly les Eaux Grasses
chez les Desmoisson Isidore et les Le Paroix Eugène qui sont petits-cousins par la tante Marcelline Devaut
on est fâché à mort depuis 1905
pour une histoire de bornage d'un champ...
Je ne sais plus lequel d'une famille ou de l'autre
avait déplacé malencontreusement en labourant une pierre de bornage avec le soc de la charrue
et l'autre, bouillant de colère, avait accusé à tort de lui voler un arpent de bonne terre cultivable…
Sans accord entre gens de bonne foi,
on en vient aux mains à la sortie de la messe,
aux bals du 14 juillet, les bagarres éclatent à cause d'eux,
même les gamins à l'école s'injurient et se cognent dessus à coups de sabots...
A la chasse, on se menace du fusil,
on va voir le maire, un "parigot" qui avait été élu à la majorité plus trois voix ,
et que tous les agriculteurs détestent parce qu'il n'est pas d'ICI mais qui a de l'instruction
Déjà, que dans cette campagne reculée, on mesure encore la "terre" en perches et arpents,
on consulte quand même le relevé du cadastre
qui avait été entièrement redessiné à la main en 1887 en suivant l'institution de système métrique....
-"Alors ce système métrique vous pensez bien !!"
On se rend sur place avec la chaîne d'arpenteur et une boussole
qui donnent raison au premier en se basant sur les mesures de son soc de charrue...
N'ayant pas gain de cause, le soi disant lésé se rend à la ville au Palais de Justice
et un "procillon" sans fin s'ensuit sans que le juge ne trouve de solution équitable à l'affaire...
La guerre de 14/18 éclate
et l'on retrouve malheureusement les noms de nos deux compères sur le Monument aux Morts

Aujourd'hui ces braves gars doivent se retourner dans leurs tombes:
on vient de marier Aurélie Le Paroix avec Daniel Desmoisson leurs deux derniers descendants!!
Les jeunes mariés, à titre de réconciliation définitive, ont décidé de garder leurs deux noms de famille
et de s'appeler Madame et Monsieur Desmoisson-Le Paroix
et par mariage sous le régime de la communauté les deux terrains n'en feront plus qu'un...
Tout va bien qui finit bien sans autre forme de procès…

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